“Tu vas voir ce que tu vas voir.” Les voilà qui commence une course poursuite au sein de l’appartement. Elle esquive, elle feinte tandis qu’Alec essaie de la recouvrir de farine. Il lance des poignées de poudre blanche à droite et à gauche. Alice en reçoit un peu à chaque fois mais la majorité atterrit sur le sol ou sur le mobilier. Ils rient tous les deux, semblent oublier leurs problèmes pendant un instant, ils jouent au chat et à la souris. Et Alice fait une erreur en retournant dans la cuisine. Alec la rattrape et elle crie en sentant ses deux mains lui attraper les hanches et la tourner vers lui. Il l’a enfin coincé. Elle se retrouve piégée entre lui et le plan de travail. “Tu fais moins la maligne là tout de suite.” Et elle rigole, secoue légèrement la tête afin de se débarrasser un peu de la farine qu’elle a dans les cheveux. “J’ai peut-être perdu cette bataille mais je n’ai pas perdu la guerre.” D’une main, elle vient s’essuyer les yeux, un sourire arborant encore et toujours son visage. Mais doucement, son sourire s’estompe lorsqu’elle se rend compte de leur proximité, lorsque son regard s’arrête dans le sien, lorsqu’elle remarque que lui, regarde ses lèvres. Et c’est alors qu’elle retient son souffle lorsqu’elle le voit approcher son regard du sien. Et ses yeux à elle aussi se perdent sur les lèvres de l’américain. Elle pourrait le pousser pour l'éloigner, le gifler même, elle pourrait s'extirper de ce piège en passant sous l’un de ses bras et pourtant, elle ne fait rien, elle ne bouge pas d’un poil. Et soudainement… Il s’éloigne. Il recule de quelques pas et c’est à ce moment qu'elle se laisse enfin respirer. De ses deux mains, elle s’appuie sur le plan de travail contre lequel se trouve son dos avant de se racler la gorge. Elle évite son regard et vient plutôt se redresser pour ensuite venir enlever la farine se trouvant sur son haut en tapotant le tissu avec ses mains.
“Bon bah on a massacré ton appart..” Elle relève la tête vers lui et lâche un léger rire plus gêné qu’autre chose. Elle jette un coup d'œil autour d’elle, puis vers le salon. Et effectivement, ils ont massacré son appartement, enfin… Il a massacré son appartement. Il y a de la farine partout. Sur le sol, sur le canapé... Même le pauvre chat qui n’avait rien demandé en a reçu. “Moi j’ai l’impression que tu te ramollis un peu on a toujours pas fini le gâteau.” Comment ose-t-il. Elle sourit et en se rendant dans le salon, se perd de lui affliger un nouveau coup de hanche. Elle s’approche de son chat et vient secouer la farine qu’il a sur lui en prétextant des caresses. “Tu me files un balais que je nettoie ?” Elle ricane à cause du ton qu’il emploie et se redresse. Elle se dirige alors vers une porte et l’ouvre. “J’ai mieux qu’un balais.” Et à cette phrase, elle sort son aspirateur, appareil diabolique aux yeux de son chat qui, dès qu’il l’aperçoit, part se réfugier sous le canapé, galérant à aller dessous, ses pattes arrière gigotant en prenant appuie sur le sol pour s’y fourrer. Elle s’occupe alors de brancher l’aspirateur puis se tourne vers Alec et le regarde de haut en bas. “Si tu veux prendre une douche, vas-y hein. A moins que tu ne veuilles rester dans cet état.” Dit-elle en montrant ses cheveux et ses vêtements d’un geste de la main. “J’peux nettoyer toute seule.” Et à cette phrase, elle allume l’aspirateur puis dirige alors le manche vers lui, un léger sourire taquin apparaît sur ses lèvres. “Ou tu préfères que je passe l’aspirateur sur tes vêtements ?” Elle s’approche alors de lui, le manche toujours dirigé vers lui, comme si elle avait une autre idée en tête. Et oui, elle est tenté de venir aspirer sa joue ou sa bouche rien que pour l’embêter. Mais elle ne le fera pas. Quoi que…
“N’y pense même pas !” Elle n’a pas le temps de faire quoi que ce soit d’autres, sa grande main attrape le manche et elle ricane lorsqu’il le tire vers lui alors qu’elle le tient toujours. Et le voilà qui secoue la tête et donc la farine sur lui vers elle et elle ricane encore de plus bel Alice tout en se penchant pour éviter d’en recevoir de trop. “C’est moi qui nettoie Madame ! Toi tu t’occupes de finir ce gâteau.” Elle suit le manche d’aspirateur qu’il pointe vers la cuisine. Elle hoche la tête puis se mord alors la lèvre inférieur lorsqu’elle sent la main libre de l’américain venir lui chatouiller au niveau des côtés. Elle gigote à peine en sentant ses doigts - être chatouilleuse est la pire chose du monde - et attrape son poignet pour l’éloigner. Puis elle le regarde un instant, un léger sourire aux lèvres. Et dire que l’atmosphère était on ne peut plus tendu entre eux il y a à peine quinze minutes alors que là, là ils agissent comme avant, comme les deux amis qu’ils étaient, les deux amis qu’ils sont encore au fond. Mais ça ne durera pas, elle le sait Alice. Dès qu’il quittera cet appartement, dès qu’il mettra un pied à l’extérieur, ils redeviendront des rivaux, il redeviendra le frère de l’homme à abattre et elle, elle redeviendra une cible de premier choix. Elle quitte le salon, le laissant alors passer l’aspirateur tandis qu’elle retourne devant le plan de travail pour continuer la préparation du gâteau marbré en séparant la pâtes en deux parties et en parfumant l’une à la vanille et l’autre au chocolat. Personne ne dit rien pendant ce temps, le bruit de l’aspirateur les empêche d’entendre quoi que ce soit de toute façon. Alice, elle s’occupe soigneusement de la préparation et au coin de l’œil, elle aperçoit le verre de rhum qu’Alec lui avait servi. Pendant quelques secondes, son regard se perd ensuite sur l’américain, sur ses épaules, son dos… Et avant d’aller plus loin elle attrape le verre et le boit cul sec, non sans plisser les yeux et serrer les dents lorsque le liquide lui brûle la gorge. Elle secoue la tête comme si ça allait mieux faire passer le goût du rhum, mais au moins, ça lui enlève certaines pensées de la tête, comme celle de lui et elle collés l’un à l’autre tout à l’heure, de la proximité de leurs lèvres, de leurs corps. Que de mauvaises pensées, de pensées idiotes qu’elle fait disparaître, qu’elle doit faire disparaître.
“Moi je trouve que le blanc me va plutôt bien.” Elle redresse la tête en l’entendant, remarque qu’il a déjà éteint l’aspirateur. “J’prendrais une douche chez moi.” Elle acquiesce tout en allant attraper un moule à gâteau dans un placard. “D’accord. Mais tu me feras quand même le plaisir de te débarbouiller un peu le visage ?" Lorsqu’elle se retourne, elle le regarde depuis la cuisine et montre alors son visage d’un petit geste de la main. “ Bien que le blanc mette tes yeux en avant, on pourrait aussi croire que t’as plongé ta tête dans un tas de cocaïne.” Elle sourit en disant cette phrase tout en beurrant le moule à cake, veillant à ce qu’il y en ait partout. “Ou alors que t'essayes de ressembler à Blanche Neige. Il te manque plus qu’une robe et sept nains qui te suivent partout.” Blague-t-elle en se frottant les mains avant de ranger le beurre et d’allumer le four pour le faire préchauffer. “Faut verser les pâtes en alternance dans l’moule, tu veux bien t’occuper de celui à la vanille ?” Ca ira plus vite si ils en versent chacun leur tour au lieu de prendre et de poser et de reprendre et de reposer les préparations.
“Oh bah au pire j’en ai déjà un de nain, je me disais joyeux mais finalement je te vois bien en grincheux. Après tout, t'as toujours été grincheuse quand t’as faim.” Elle hausse un sourcil et pouffe de rire à sa réponse. Il n’a pas tord. Elle est très patiente pour certaines choses Alice, elle sait être patiente aussi lorsqu’elle a faim mais elle a aussi tendance à parfois être un peu grincheuse lorsqu’elle a vraiment faim et que la nourriture tarde. Mais après tout, tout le monde est un peu grincheux à cause de la faim, non ?
L’américain la rejoint dans la cuisine après avoir rangé l’aspirateur. Il attrape le grand bol contenant la pâte parfumée à la vanille et elle, elle prend celui avec la pâte parfumée au chocolat. Ils s’approchent tous deux du moule et sont côte à côte. Elle sent de temps à autre son regard sur elle, mais elle garde les yeux rivés sur ce qu’ils font. « Ça m'a manqué. Tu m’as manquée. » Elle ne devrait pas, mais ça lui fait chaud au cœur lorsqu’il lui dit ça. Elle se met alors à sourire parce qu’au fond, tout ça lui a manqué à elle aussi. "Ça m'a manqué aussi…” Tu m’as manqué aussi Alec. Mais ça, elle ne le dira pas. Il doit s’en douter de toute façon. Parce que dans le cas contraire, il ne serait pas là, avec elle, dans sa cuisine. Ils n’auraient pas fait de bataille de farine, ils n’auraient pas eu une discussion à cœur ouvert. Il n’y aurait eu rien de tout ça. Elle verse le reste de la pâte dans le moule et lui sourit lorsqu’il prend les de grands bols pour les laver. De son côté, la française enfile un gant de cuisine puis attrape le moule pour ensuite le mettre au four, thermostat quatre. “C’est par là la salle de bain du coup ?” Elle se redresse et le regarde. D’un hochement de tête, elle montre la salle de bain du doigt. “Deuxième porte sur ta droite en allant dans le salon.” lui dit-elle. Elle le regarde s'éloigner et, une fois la porte de la salle de bain fermée, elle lâche un long soupire. Elle ne comprend pas pourquoi la proximité qu’ils ont eu à temps d’effet sur elle, elle ne comprend pas pourquoi elle a presque eu envie qu’il l’embrasse. Elle ne comprend plus rien. Elle s'essuie le front avec son poignet avant d’attraper une éponge afin de nettoyer le farine et autres cochonneries des plans de travails. Et une fois cela fait, elle se lave les mains rapidement, baissant la tête en sentant quelque chose toucher sa jambe. Sumo est sortie de sa cachette et vient en quête de quelques caresses. Elle sourit Alice et se penche pour lui gratter doucement la tête. “Je devrais y aller. J’aurais aimé rester pour goûter le gâteau mais…” Elle se redresse au son de sa voix et pose son regard sur lui. “Je dois y aller.” Elle est presque déçu qu’il parte déjà mais ne dit rien et acquiesce. “D’accord je…. J’peux toujours te garder un peu de gâteau pour…” Elle hésite d’un coup, remet une de ses mèches de cheveux en place derrière son oreille. “une prochaine fois.” Arrête Alice. Tu fais n’importe quoi. Elle n’aurait pas dû dire ça, parce que ça sonne comme une invitation, une invitation pour qu’ils se revoient, pour qu’ils partagent un autre moment comme celui là. Elle lâche un petit rire nerveux, s’empêche de dire quoi que ce soit d’autres et se décide alors de le raccompagner à l’entrée. Elle passe à côté de lui, leurs bras se frôlent. “Il te touchera pas Alice. Le Club te touchera pas.” Elle s’arrête à la porte, la main sur la poignet et se tourne vers lui. Elle le regarde avec un petit sourire, sourire un peu triste. “Je te fais confiance.” Alors qu’elle a toutes les raisons pour ne pas avoir confiance en lui. Alors que sa confiance a été détruite lorsqu’elle a apprit la vérité sur lui. Confiance détruite qui, avec un simple moment passé ensemble, s’est refaite. Parce que lui, il lui fait confiance, assez pour lui parler de son passé, de son enfance. Assez pour lui dévoilé son vrai prénom, assez pour se mettre en danger pour la protéger elle. Elle ouvre la porte pour lui et alors qu’il sort et commence à s'éloigner, elle regarde. “Prend soin de toi, Alec.” Et elle lui offre un dernier sourire avant de doucement fermer la porte. Elle ferme les yeux un instant puis en se tournant, voit son chat assit sur le sol, en train de la regarder. Elle soupire en s’approchant du félin. “Dans quoi j’me suis encore fourré, tu peux m’le dire ?” Bien évidemment qu’il ne répond pas, il se contente de ronronner en la voyant s’approcher et se frotte à sa jambe avant de lâcher un miaulement. Elle se penche et soulève alors son chat avant de venir déposer un baiser sur le front de l’animal puis, elle se dirige vers la cuisine pour garder un œil sur le gâteau qu’ils ont préparé, elle, et lui.